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La plus vieille rue de Seysses

 

Notre rue Boltar a plus de 2000 ans !

Pour répondre à l’improbable question : Si on s’était assis à la terrasse d’une crêperie rue Boltar il y a 2000 ans, qu’aurions-nous vu ?

 

Très tôt dans l’histoire, notre territoire seyssois a intéressé les hommes et a été aménagé.

Des traces d’une occupation humaine au néolithique ont été trouvées à Muret. On peut penser que Seysses aussi était habitée. L’emplacement de notre actuel centre ville bénéficie de conditions naturelles qui en font, en effet, un lieu intéressant pour un groupe d’humain cherchant un endroit où s’établir. Situé en hauteur, à l’angle entre le marécage de la Saudrune (qui à l’époque n’était pas canalisée), et le fossé du Binos, il offre des ressources en pêche, et met à l’abri des inondations. Il y a là par ailleurs au moins trois sources, encore présentes aujourd’hui, dans le parc et devant la poste. Notre territoire, comme tout le Sud Ouest de la Gaule, est couvert d’épaisses forêts de chênes, arbre qui donnera plus au Nord son nom au Quercy (quercus signifie chêne en latin). Cette forêt fournit du gibier aux hommes qui ont défriché l’espace entre Saudrune et Binos, et qui le cultivent sans doute déjà. La belle vie.

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Seysses n’a vraisemblablement pas attendu l’arrivée des romains pour bénéficier d’une route. Il existait déjà depuis fort longtemps de grands courants d’échanges commerciaux entre les différents peuples de la Gaule. Les routes gauloises étaient constituées de voies empierrées et encadrées par des fossés. Ces voies permettront d’ailleurs aux légions de César de circuler rapidement et expliquent que la conquête de la Gaule se soit faite très vite.

L’existence à l’époque gauloise d’une route correspondant au tracé de la route de Seysses, donc  à celui de la rue Boltar, fait sens et paraît probable, puisque de nombreuses voies romaines sont d’anciennes voies gauloises réaménagées. Ce qui désigne ce tracé sur notre territoire c’est sans doute la présence du rebord d’une terrasse surélevée, trace du déplacement du lit de la Garonne vers le Sud au fil des millénaires. Seysses, comme Frouzins, en effet, est à cheval sur deux terrasses de la Garonne. Dans cet environnement très boisé, difficilement pénétrable, le rebord d’une terrasse naturelle est une aubaine pour circuler. La nature a tracé le chemin, qu’il ne reste plus qu’à suivre. La végétation est plus facile à contrôler, elle repousse plus difficilement du fait de la rupture de niveau du terrain. On peut donc parier que bien avant la voie romaine, future route de Seysses, cette particularité géologique a du être exploitée par les hommes pour se déplacer plus facilement.  Enfin, sa situation en hauteur, rend ce chemin toujours praticable, à l’abri des inondations, ce qui n’est pas le cas juste en bas du talus, et vers la Garonne, où la Saudrune et ses errements au fil des inondations, créent un marécage, des gourgues dirions-nous aujourd’hui pour employer ce mot régional (gorga en Gascon, est un bourbier planté d’arbres).

[cliquer sur la carte pour l'agrandir. Seysses, trop petite, n'est pas indiquée, mais, à mi-chemin entre Toulouse et Saint-Bertrand de Comminges (Lugdunum Convenarium), il y a Calagurris, c'est-à-dire Saint-Martory]

Au début de notre ère chrétienne, les romains, Pompée à leur tête, victorieux sur les peuples de notre région et sur ceux du Nord de l’Espagne, souhaitent conforter leur autorité sur le territoire nouvellement soumis et y permettre la pénétration du commerce italien, en particulier celui des vins, produit inconnu des Gaulois. Ils créent de toute pièce une place forte, Lugdunum Converanum (Saint-Bertrand de Comminges), idéalement placée à l’intersection de la plaine et d’un passage dans les montagnes vers l’Espagne, y installent des membres de l’armée issus de peuples espagnols et pyrénéens, peuple hétéroclite et immigré qui prendra le nom de Convènes (convena signifie en latinétrangers venus de partout’, et a donné ensuite Comminges). Ils relient cette place forte à Toulouse (Tolosa) par une voie qui existe donc déjà, mais qu’ils améliorent et mettent aux normes romaines : la voie romaine de Toulouse à Saint Bertrand de Comminges. C’est la naissance officielle dans les documents écrits de notre route de Seysses et de la rue Boltar. Nous entrons donc là dans l’histoire, tout comme Frouzins, Ox, Saint-Hilaire, Lavernose, et les communes de la RD15 actuelle, départementale qui correspond point par point au tracé de l’ancienne voie romaine.

La culture celte ne reposait que sur la transmission orale des informations, et il n’y a donc pas de traces écrites de ce qu’étaient les routes gauloises. Ce n’est qu’à partir de la conquête par Jules César qu’apparaissent des informations écrites, donc transmissibles dans le temps, sur les réseaux routiers. Notons que comme partout en Gaule, les ingénieurs romains ne feront que reprendre dans leur grande majorité les tracés gaulois, en les améliorant. Ces aménagements vont de la rectification des tracés à la construction de ponts, gués ou stations, et sont réalisés par les légions.

 

Ainsi, les architectes qui ont façonnés notre rue Boltar, ce sont donc d’abord la géologie et la climatologie qui déplacent le cours de la Garonne et créent un rebord bien pratique, puis les Gaulois qui mettent en place une première structure roulante, et enfin les romains qui consolident le tracé et adaptent la chaussée. Notre voie romaine n’a d’ailleurs bénéficié que d’une légère mise aux normes, car il n’y avait pas besoin d’une chaussée solide, les convois lourds utilisant préférentiellement la Garonne, voie de transport de marchandises plus rapide. Vers Carcassonne par exemple, où il n’y a pas fleuve, l’infrastructure de la chaussée était bien plus solide, pour accueillir de lourds chargements, ce qui fait qu’on trouve davantage de traces de la voie romaine que dans notre région, où elles sont rares.

Seysses n’est pas une simple station sur le parcours vers Saint-Bertrand.  Elle est aussi au croisement de deux axes romains, l’un partant vers Ox (la voie romaine la plus connue et la plus fréquentée), le second vers Muret. Croisement idéal pour une petite halte sur le chemin, y compris pour les commerçants qui pouvaient en profiter pour acheter aux soldats romains leur butin, échanger des marchandises, les uns venant du Sud et des montagnes, les autres de l’Ouest. Les origines de notre Intermarché, en quelques sortes, au même endroit…

Les poids lourds ne fréquentaient pas encore ces voies. En ces temps, en effet, le transport par voie de terre était beaucoup plus cher que le transport fluvial. Les poids lourds empruntaient donc la Garonne, avec leur chargement de bois, de marbre et autres pierres pyrénéennes, de récoltes agricoles qui alimentaient Tolosa, d’amphores de Boussens où se trouvaient deux fabriques. La voie seyssoise, quant à elle, devait servir surtout à la circulation des hommes, en particulier les fonctionnaires et messagers, qui utilisaient les voitures de la Poste Impériale, mais aussi les voyageurs et les marchands qui disposaient de différents types de chariots, le plus rapide étant le cisium, sorte de cabriolet à deux roues tiré par deux chevaux  non ferrés et munis d’attelages.

La rue Boltar était donc beaucoup plus calme…

On peut imaginer le paysage que voyaient les gens qui, fréquentant la voie romaine, traversaient le hameau gaulois appelé à devenir notre commune : une terrasse surélevée au dessus d’une courte plaine cultivée, parfois inondée, qui court jusqu’à la Garonne, plein Sud, vers le futur site de Muret. Le dessus de la terrasse, mais aussi le contrebas jusqu’au fleuve, sont couverts d’une forêt de chênes difficile à franchir en dehors des voies. Lorsque l’on arrive à Seysses, de grands espaces défrichés, là où la terre est fertile. La voie traverse cet espace. Elle fait 12 mètres de large. Elle est renforcée pour résister à la pression des roues en bois, et aux sabots des bêtes non ferrées. Jusqu’à 80 cm de remblais, fait d’un lit de galets, puis de fragments de tuiles, de poteries, d’amphores. De gros galets délimitent le bord de la voie et la soutiennent. Elle est bordée de deux fossés. Avant d’arriver à Seysses, en bord de route, on croise quelques sépultures romaines disséminées de loin en loin, avec leurs inscriptions dans la pierre. Au bout du hameau fait de cabanes de bois et de torchis (au bout de la rue Boltar donc, et à la pointe du triangle terrasse/Binos), un carrefour, presqu’à l’emplacement de notre actuel carrefour, où la voie se partage en deux : tout droit on continue vers Saint-Bertrand (l’actuelle route d’Ox), à gauche on va vers Muret, qui existe déjà (Une villa occupait le site de l’actuel centre ville de Muret ; entourée de murs de protection elle avait pris le nom de Murellum qui est devenu Murel puis Muret au Moyen Âge).  C’est à cette bifurcation des chemins que s’installent bien plus tard une ferme, Fourq (fourche en occitan),  aujourd’hui propriété du ministère de l’intérieur qui l’utilise pour le centre pénitentiaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A l’arrière du hameau, vers le Nord, on trouve la forêt et des terres défrichées, que les Gascon appelleront boulbènes, de l’occitan bolbena, terres sablo-argileuses acides, très fertiles, qui ont données leur nom à la rue des Boulbènes. Ces terres sont aujourd’hui encore cultivées. Ce sont entre autre les champs qui courent jusqu’à Frouzins. Et puis, plus loin, des terres riches en galets charriés par la Garonne depuis les Pyrénées, mais peu fertiles, qui ont donné son nom à notre commune : Sèishes, terme occitan gascon qui signifie « les terrains caillouteux », qui deviendra par francisation ‘Seysses’. Terres sans doute négligées par les seyssois gaulois, sauf peut-être pour le pâturage et la chasse. Avec l’arrivée des romains et de la culture du vin dans notre région, ces terres très adaptées à la vigne, deviendront précieuses et feront de notre commune un vignoble largement exploité et connu sur la place toulousaine. Jusqu’au Phylloxera, insecte qui ruinera notre économie locale des siècles plus tard.

C’est sur cette voie romaine chargée d’histoire, que nous circulons tous les jours, chemin qui a vu passer tant de charrettes à bras, à bœufs, cabriolets à chevaux des fonctionnaires romains, de gens à pieds, de commerçants, de guerriers et plus tard de chevaliers, d’abord sentier naturel et pratique, tout tracé par le rebord de terrasse, puis voie romaine, puis route de Seysses pour les toulousains, marquant une destination fréquentée, et pour nous rue Boltar, après avoir été entre autres chemin de Lavernose sous Napoléon 1er.

 

A propos, pourquoi les Toulousains ont-ils nommés cette route ‘route de Seysses’, et pourquoi pas route d’Ox, ou de Frouzins ? Une route prend le nom de la destination principale qu’elle dessert, le nom d’un lieu où beaucoup de gens vont, souvent dans un but particulier, dont le commerce. Ainsi, pour la plupart des toulousains, on n’allait pas à Frouzins, il n’y avait rien de particulier à faire à Frouzins, on ne faisait qu’y passer. Seysses par contre était connue à Toulouse.  Des Toulousains se rendaient régulièrement dans notre commune, pour le commerce du vin, car notre territoire, avec ses terres caillouteuses (Sèishes) fournissait  une bonne partie du vin consommé à Toulouse. Ce vin était acheminé, via la route de Seysses, jusqu’à Saint-Cyprien, où se trouvait le marché au vin, dans la rue de Varsovie (varso vi signifie ‘verse le vin,’ en occitan, et n’a rien à voir avec la ville polonaise du même nom). Seysses était donc une destination pour les Toulousains.

Pour le nom des routes, on choisit aussi parfois la commune qui est le premier carrefour rencontré. Seysses est le carrefour de plusieurs voies anciennes, la fin du comté toulousain et le début d’une autre terre seigneuriale d’alors : la Gascogne. Il était important donc de repérer Seysses parmi les autres toponymes locaux.

 

Cette reconstitution s’appuie sur des documents historiques, dont la carte archéologique de la Gaule, de Julie Massendari, qui répertorie les fouilles connues à ce jour. Pour Seysses, elle signale :

-          Des traces de l’ancienne voie romaine en plusieurs endroits de la commune, par exemple à la boulbène des Vitarelles, tout près de la RD15, à la limite de Seysses et Frouzins.

-          Des traces de tombes au même endroit, en bordure de voie romaine.

-          La trace d’une voie romaine dans la zone Ségla, entre la RD15 et la Saudrune, d’une largeur de 12m, orientée vers Muret d’un côté, et vers l’Est de Seysses et Plaisance du Touch de l’autre côté. Cette voie est postérieure à celle de la route de Seysses.

-          Un établissement antique, de type Villa romaine, là où se trouve actuellement la ferme Cartan, près de la RD15 et à l’Ouest de la Saudrune.

-          Chemin du Préjugé, dans le quartier du Monicard, rive gauche du Binos, des fragments de tuiles plates et d’amphores à vin italique.

 

Seysses vue du chemin de fer, en 1862

 

1862

Les lignes de chemin de fer viennent d’être ouvertes.  Ernest Rorchach part à la découverte de notre région.

Depuis la fenêtre de son wagon, il observe, note ce qu’il voit, décrit les paysages. Dans les communes où il s’arrête, il est reçu pas les notables, qui lui parlent de l’histoire locale et des environs.

Son ouvrage, rare, est une mine d’informations historiques.

Lien-seyssois vous livre les pages qui évoquent Seysses et ses environs.

 

 

 

A quoi ressemblait notre centre ville il y a deux cents ans ?

 

Un plan, peint à la main, a été réalisé pour un particulier en 1808. Une copie de ce plan se trouve dans l’escalier de la mairie. C’est un petit format (30cm sur 40 environ). Il donne des indications sur la physionomie du centre de Seysses au début du XIXième siècle, sous Napoléon.

On note que les principales rues du centre ville sont déjà tracées, mais qu’elles ne sont qu’incomplètement habitées. L’Eglise vient juste d’être construite, en remplacement de la précédente, plus petite, mais au même endroit.

Plan de Seysses en 1808.

Plan général (cliquer dessus pour l'agrandir)

On peut y repérer les maisons qui existaient déjà à Seysses en 1808, et dont on peut donc penser qu’elles ont été construites bien avant. On voit en particulier qu’il restait encore quelques maisons sur la place, appelées à disparaître. Pour pouvoir construire l’église, peu avant la Révolution, on en avait détruit plusieurs, la première église étant plus petite et prenant moins de place. Il y a aussi plusieurs fermes, en plein centre.

L'Eglise

L'Eglise Saint-Roch (cliquer dessus pour agrandir)

Le quartier République / Bergeaud / Vieux Chemin Français : Le bâtiment religieux correspondant à l’actuelle Ecole Saint-Roch n’existe pas encore. La rue de la République n’est construite que sur un de ses côtés, celui qui donne sur le parc. Les rues Bergeaud et Vieux chemin Français sont peu construites. On y voit des exploitations agricoles. Le château, lui, n’a pas encore toutes ses dépendances.

rue de la République et rue Boltar (cliquer dessus pour agrandir).

Quartier de l’ancien Clavaire, premier cimetière de Seysses. On repère le lavoir du parc, aujourd’hui en partie détruit (il était très fréquenté par les gens du voyage, ce qui ne  plaisait pas à tout le monde…). On remarque un plan d’eau, aujourd’hui réduit à une mare dans la parc. Cet endroit est le lieu de résurgence de plusieurs sources. La rue Boltar (Grand Chemin) est barrée par le Binos et par un bois, remplacés aujourd’hui par la route. A l’époque, on traverse le Binos à gué. Quelques décennies plus tard, le carrosse de Louis-Philippe s’étant embourbé en passant le Binos, on construisit sur son ordre un pont, qui est toujours celui sur lequel nous roulons et marchons.

Le Calvaire, ancien cimetière.

Quartier de l’Ecole Paul Langevin. On reconnaît la rue Savignol, qui alors, n’est qu’un chemin sans maisons. Une vigne ou un verger se trouve à l’emplacement de l’actuelle école élémentaire. On voit l’allée de platanes qui conduit à l’ancien château, aujourd’hui disparu et remplacé par une maison de maître, habitée par la même famille seyssoise depuis deux siècles (famille Sens, qui donnera à Seysses un maire, sous Napoléon Bonaparte). Les dépendances du château, toujours là aujourd’hui, et les jardins potagers sont dessinés.

 

Quartier de l'Ecole Paul Langevin (Cliquer dessus pour agrandir)

On voit le lavoir de la Canette, mais ce sont des jardins maraîchers qui sont dessinés à la place de la Poste. Le Binos là aussi se passe à gué, et le chemin est très pendu. Tout sera remblayé lors de la construction du pont, puis de la route, pour atténuer la pente. Ceci explique que l’actuel lavoir soit sous le niveau de la route, comme la source qui jaillit à cet endroit, et ou nombre encore de seyssois viennent chercher leur eau.

Outre l’intérêt historique de ce document, on ne peut qu’être touché par le caractère très personnel de l’oeuvre : son auteur a poussé le sens du détail jusqu’à dessiner l’ombre des arbres. Le travail de mise en couleur est aussi remarquable. A une époque où l’iconographie est très peu développée, c’est finalement la vision presque vivante, habitée, d’un territoire que ce document transmet.

 

 

 

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